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Des ateliers avec des mineurs isolés en Ile-de-France pour la fin d’année

En parallèle de ses interventions à l’étranger, Clowns Sans Frontières réalise régulièrement des spectacles et des ateliers de pratique artistique auprès des mineurs en situation d’exil en France. En décembre 2019, plus de 50 adolescents isolés ont participé à deux ateliers, menés par deux binômes d’artistes bénévoles de CSF en Île-de-France.

1/3 des exilés en Europe seraient des enfants [1] et leur proportion est de plus en plus importante. La situation de ces enfants en exil est très préoccupante. Beaucoup sont arrivés seuls sur le territoire, or certains peinent à recevoir une protection juridique, quand d’autres se retrouvent parfois placés en rétention avec leur famille.

La situation des mineurs exilés en France

D’après Amnesty International, 25 000 Mineurs Non Accompagnés (MNA) vivaient en France en 2017. En 2019, le ministère de la Justice a enregistré encore 16 760 mineurs placés auprès d’un service d’aide sociale à l’enfance (ASE) [2]. Pour autant, ce chiffre qui ne cesse d’augmenter et a doublé en un an, concerne seulement les jeunes dont la minorité et l’isolement ont été reconnus au terme du parcours d’évaluation mis en place par l’Etat, soit 30% d’entre eux selon Médecins du Monde. Or parmi ceux faisant appel au refus de leur statut de MNA, près de la moitié parvient finalement à l’obtenir.

Face au manque de moyens et lieux ressources, susceptibles de les aider à leur arrivée, ces jeunes en exil sont exposés à une grande précarité et parfois à la rue ou à l’enfermement. Beaucoup souffrent ainsi d’isolement, d’anxiété ou de troubles psychosociaux ou post-traumatiques.

Des ateliers de pratique artistique contre l’isolement et la solitude

Depuis 2011, CSF apporte du soutien psychosocial à ces jeunes et alerte sur les problématiques de leur accueil et prise en charge, et notamment sur le respect de leurs droits, dont l’accès à la culture fait partie. Des artistes professionnels bénévoles pour Clowns Sans Frontières se mobilisent pour mener des activités en partenariat avec les structures d’accueil des mineurs étrangers dans les Hauts-de-France, en Pays de la Loire et en Ile-de-France. Ces activités culturelles et artistiques visent à apporter aux jeunes un espace et un temps dédiés au loisir, à la détente et à l’expression.

« Ces jeunes passent des mois voire des années à attendre une décision d’un juge, un recours… C’est assez terrible leur parcours, donc le fait de pouvoir décrocher comme ça de temps en temps, je pense que c’est essentiel pour le bien-être psychologique ! Ils sont entre deux : ils sont encore des enfants mais ils deviennent vite, trop vite, des adultes. Donc l’imaginaire et le rire peuvent être quelque chose qu’on leur apporte, qu’on leur offre. C’est vital ! »

Chloé, comédienne bénévole à CSF

En décembre 2019, CSF a tenu deux ateliers en Île-de-France.

  • Le 15 décembre 2019 : Atelier d’initiation au théâtre et à l’improvisation avec une vingtaine de mineurs isolés étrangers accompagnés par la TIMMY, sous les toiles du chapiteau de l’Espace périphérique, à Paris. La TIMMY est une cellule d’aide aux MNA, du collectif parisien de soutien aux exilé(e)s (CPSE) qui accompagne les mineurs dans leurs démarches (administratives, juridiques, médicales), leur apporte un soutien matériel et psychologique, et propose des activités culturelles et sportives. Depuis 2017, CSF est partenaire de l’association et apporte un soutien psychosocial aux mineurs exilés d’Ile-de-France, par la transmission de pratiques artistiques et le jeu.
  • Le 20 décembre 2019 : du théâtre et de la batucada avec les jeunes du programme « Passerelle ». Ce programme de Médecins Sans Frontières (MSF) accompagne des jeunes non reconnus par les autorités en tant que « MNA » dans leurs démarches de recours juridiques et leur suivi médical et psychologique. Deux artistes bénévoles de CSF se sont rendus dans l’hôtel de Neuilly-Plaisance où sont hébergés 35 jeunes du programme pour une moyenne de deux à trois mois. L’équipe leur propose un endroit où se reposer, des repas, des ateliers, des cours de Français et des activités sportives ou culturelles. Ils rejoignent ensuite un réseau d’hébergement solidaire [3]. Ceux qui sont reconnus mineurs sont pris en charge par les dispositifs de l’ASE et MSF redirige les déboutés vers des structures adaptées. Beaucoup retournent cependant à la rue.

 « On se met un peu à leur place dans cet hôtel. Et on sent vraiment une envie de faire les choses, de créativité aussi. Au-delà du « hobby », on sent qu’il y a beaucoup d’attente. Donc on essaie d’avoir l’énergie et eux nous en donnent très volontiers. »

Rico, musicien bénévole à CSF

Un groupe d’environ 30 adolescents a participé à l’atelier de théâtre donné le matin : deux heures comportant des exercices d’écoute, de déambulation, de cohésion de groupe, de diction et des jeux d’improvisation faisant appel à l’imaginaire. Ils ont ensuite été amenés à s’initier au rythme des percussions de batucada, guidés par un musicien professionnel pendant une heure.

« Les jeunes ont particulièrement apprécié l’aspect ludique de l’expression théâtrale, notamment les exercices qui faisaient appel à leur sens de l’imagination et aux mimes. Ils étaient aussi ravis d’avoir la possibilité de jouer pour la première fois sur tant d’instruments différents et ont été touchés par « la vraie salle de concert » installée pour eux. »

Raphaëlle, éducatrice à MSF

Cette intervention a été possible grâce au soutien financier de longue date de l’ONDA et aux partenariats avec l’Espace périphérique, la Timmy et Médecins Sans Frontières.

 

[1] Selon Médecins du Monde

[2] http://www.justice.gouv.fr/art_pix/Tableau_mna_2019.pdf

[3] Réseau solidaire de l’association Utopia 56, partenaire du programme.