Clowns Sans Frontières © Sénégal 2018

Terrain

Clowns Sans Frontières à la rencontre des enfants vulnérables au Sénégal

CSF interviendra du 12 au 30 octobre 2019 pour la seconde année consécutive au Sénégal. L’équipe de six artistes français et sénégalais se rendra à Dakar, Louga, Kaolack, Fatick et Thiès, où elle présentera le spectacle issu de cette collaboration et animera des ateliers de pratique artistique auprès d’enfants en situation de rue, de privation de liberté ou protégés par la justice.

Le Sénégal est aujourd’hui la quatrième économie et l’un des pays les plus industrialisés de la région ouest-africaine. Pourtant, beaucoup de personnes y vivent aujourd’hui avec moins de 1,90$ par jour et la présence de l’Etat est limitée et inégale sur le territoire.

Le pays subit déjà les difficultés liées aux dérèglements climatiques. Plusieurs régions, notamment à proximité du Sahel au Nord-Est et Sud-Est, souffrent d’une insécurité alimentaire aggravée par des épisodes intermittents de sécheresse et d’inondations, et de nombreux enfants en situation de précarité et de malnutrition souffrent de sérieuses séquelles physiques et psychologiques. La croissance démographique y est de plus très forte (+3,5% par an selon la Banque Mondiale) et n’est pas suivie d’investissements structurels suffisants et durables, pouvant faire profiter la population des bonnes conjonctures économiques du pays.

La situation dramatique des enfants talibés

Dans les zones urbaines, les enfants en situation de rue représentent un enjeu humanitaire majeur. Beaucoup d’entre eux sont des enfants « talibés ». Placés dans des écoles coraniques ou « daaras », nombre de ces garçons entre 5 et 18 ans se retrouvent exploités et passent la majeure partie de leurs journées à mendier, contraints par leurs maîtres coraniques à rapporter de l’argent (entre 250 et 2000 francs CFA, soit entre 1 et 4$). Déjà exposés à toutes sortes de risques à l’extérieur, ils peuvent aussi être victimes de violences au sein même de l’école coranique, la « daara ».

Human Rights Watch estime que 100 000 jeunes sénégalais pensionnaires des daaras sont concernés, en majorité présents dans la région de Dakar. Elle relève plusieurs cas de négligence, passages à tabac parfois mortels, violences sexuelles et séquestrations ces deux dernières années.

Malgré le lancement en 2016 d’un programme national de lutte contre la mendicité visant notamment les enfants en situation de rue, la situation reste très préoccupante. Si une prise de conscience collective sur cette situation émerge et de plus en plus d’officiers de police et d’habitants dénoncent ces maltraitances, les quelques cas d’arrestations et poursuites n’aboutissent pas. Outre l’incapacité des politiques publiques à arrêter la traite des enfants, il s’agit d’un phénomène lucratif en expansion et le sujet se heurte à de nombreuses résistances au sein même de la société sénégalaise, respectueuse des leaders religieux que sont les marabouts.

Les mineurs en situation de privation de liberté

L’Observateur national des lieux de privation de liberté dénombrait 442 mineurs en détention en septembre 2016. Si certains centres disposent de quartiers réservés aux mineurs, ce n’est pas le cas de tous. Les prisons pour femmes ne disposent pas quant à elles d’espaces dédiés aux mineures.  Enfin, les conditions de détention engendrent surtout de nombreux risques psychosociaux qui s’ajoutent aux situations traumatisantes vécues par les enfants.

Clowns Sans Frontières au Sénégal 

En partenariat avec le Ministère de la Justice du Sénégal ainsi qu’avec de nombreuses ONG sur le terrain (SOS Villages d’Enfants Sénégal, le Samu Social Sénégal, l’Empire des EnfantsPlan International Sénégal et Djarama) et grâce à l’appui financier de la Fondation Pierre Bellon et de l’Ambassade de France au Sénégal, Clowns Sans Frontières sera de nouveau présent au Sénégal du 12 au 30 octobre 2019. L’équipe franco-sénégalaise et éclectique est composée de clowns, d’un danseur hip-hop, d’acrobates et d’une marionnettiste. Ce sera pour les artistes français bénévoles de Clowns Sans Frontières une nouvelle occasion d’échanger et de coopérer avec les collectifs sénégalais de Sencirk et Djarama, dans le but de développer les partenariats pour pérenniser le soutien psychosocial apporté par CSF aux enfants vulnérables dans le pays depuis deux ans.

En sa 25e année d’action artistique et solidaire en faveur des droits de l’enfant et du Droit à l’enfance pour tous, CSF souhaite ainsi poursuivre l’accompagnement initié auprès des enfants sénégalais les plus vulnérables (talibés, enfants en situation de rue ou en situation de privation de liberté), en leur offrant un moment de répit et de rêve collectif auquel les artistes les invitent à participer.

Après cinq jours de co-création artistique durant lesquels les artistes imagineront un spectacle inédit, l’équipe partira en tournée durant deux semaines, donner une quinzaine de représentations dans les villes de Dakar, Kaolack, Fatick, Thiès et pour la première fois cette année à Louga.

Deux grands axes d’action en vue pour 2019

Lors du projet mené en 2018, l’équipe artistique s’était rendue dans deux centres tenus par la Direction de l’Education Surveillée et de la Protection Sociale (DESPS), en charge d’enfants en conflit avec la loi ou protégés par le Ministère de la Justice. Cette année, CSF interviendra aussi dans deux centres de détention, à l’intention des mineurs en privation de liberté à Dakar et Thiès.

L’équipe animera également des ateliers de pratique artistique avec les enfants à Dakar et à Louga, ainsi qu’une journée de sensibilisation à l’action artistique pour des éducateurs et professionnels de la protection de l’enfance d’organisations partenaires à Dakar. Cette journée vise à sensibiliser ces acteurs partenaires à l’usage des pratiques artistiques dans l’accompagnement du développement des enfants.

Enfin, en 2019, un universitaire sociologue sénégalais accompagnera le projet afin d’observer, analyser et évaluer l’impact des activités artistiques de CSF sur les enfants bénéficiaires du projet au Sénégal.

Cette intervention a été possible grâce au soutien financier de l’Ambassade de France du Sénégal et de la Fondation Pierre Bellon.

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